Retour sur l’université d’automne 2024

Une deuxième édition aux alentours de Perpignan
Le Défi Clé Sciences du Passé a organisé sa deuxième Université d’automne à destination des étudiantˑeˑs de master des différents parcours d’archéologie des pôles universitaires de la Région Occitanie que sont Montpellier, Perpignan et Toulouse. Trois jours dédiés aux visites, aux rencontres, aux échanges et au questionnements sur ce qui fait le patrimoine archéologique de la Région.
Cette université d’automne a pour but principal de mettre en relation l’ensemble des étudiant·e·s afin qu’elles et ils puissent se rencontrer, échanger collectivement autour des résultats de leurs premiers travaux de recherche, constituer un réseau scientifique entre pairs et avec des chercheurs. Les questions de valorisation et de la médiation de la recherche et du patrimoine archéologique sont au cœur des échanges, à la suite des visites et événements organisés durant le séjour.
Ce programme se veut en adéquation avec les objectifs initiaux du Défi Clé, qui est promouvoir une recherche fondamentale pluridisciplinaire et de contribuer au développement d’un tourisme culturel de qualité.
Cette deuxième session, centrée sur les alentours de Perpignan, a eu lieu du 23 au 25 octobre 2024. Elle a regroupé 44 étudiant·e·s des pôles universitaires de Montpellier, Perpignan et Toulouse et une équipe de 9 encadrants (Fabrice Belmessieri, Emmanuelle Boube, Robin Furestier, Sophie Grégoire, Benjamin Marquebielle, Lionel Pernet, Jean-Marc Pétillon, Muriel Richard et Réjane Roure).

Une partie de l’équipe encadrante au musée Narbo Via, de gauche à droite : Lionel Pernet, Muriel Richard, Robin Furestier, Corinne Sanchez qui assurait la visite de l’exposition temporaire, Emanuelle Boube, Ambroise Lassalle
Les journées ont été partagées entre des moments de visite de sites et de musées et des moments d’échanges et de travail en groupe. L’université a été intégralement financée par le Défi Clé, ce qui a permis de proposer la gratuité aux étudiant·e·s.
Jour 1 : musée Narbo Via et oppidum de Ruscino
La première journée a démarré tôt ! Tous les participants ont convergé vers Narbonne, première étape du séjour. Nous étions attendus au musée Narbo Via. Une présentation de l’équipe encadrante a été faite devant le mur lapidaire et s’est poursuivie par une présentation du musée et de sa politique de médiation par Ambroise Lassale (conservateur du patrimoine) et Valérie Brousselle (directrice générale de l’EPCC). Puis un temps de visite libre de l’exposition permanente a été laissé aux étudiant·e·s. Une discussion a ensuite été lancée avec Ambroise Lassale autour des choix muséographiques.
Corinne Sanchez (directrice de recherche au CNRS) est ensuite intervenue pour présenter l’exposition temporaire, dont elle est la commissaire. Cette exposition, intitulée Escale en Méditerranée romaine, se propose de faire découvrir le résultat de 10 années de recherches archéologiques. À travers plus de 150 objets archéologiques, découverts lors des fouilles ou prêtés par des musées français et italiens, elle présente les principaux sites du système portuaire narbonnais, inscrit le port de Narbo Martius dans le réseau des ports de commerce romains de Méditerranée occidentale et détaille les activités et les métiers qui se développaient au sein de ce port. Puis Corinne Sanchez a guidé tout le groupe à travers l’exposition, répondant aux questions et demandes de précisions. Un dernier temps d’échanges général a été organisé avant un pique-nique au soleil, sur le parvis du musée.



L’après-midi a été dédiée à la visite de l’oppidum de Ruscino. Les très nombreux vestiges et les niveaux complexes à démêler témoignent d’une occupation dense, inscrite dans la longue durée, depuis la Protohistoire jusqu’aux époques médiévales. Nous étions accompagnés par Laurent Savarese (directeur du site) et Isabelle Rébé (archéologue, mairie de Perpignan) qui ont fait une présentation du projet scientifique, dont un musée de site, malheureusement abandonné en cours de finalisation. L’intérêt était de montrer comment les choix et les soutiens politiques pouvaient, ou non, accompagner les aménagements culturels.



Puis nous avons repris la route pour gagner notre hébergement, le village vacances de Torre del Far, situé à Tautavel, où nous avons été parfaitement accueilli·e·s. La soirée a été dédiée à une présentation rapide des projets de recherche de chacun·e, sous la forme d’un grand tour de table. Tout comme lors de la précédente édition, ce tour de table a mis en lumière la grande variété des thèmes et des chronologies explorés par les étudiant·e·s, de Montpellier, Perpignan et Toulouse.
Nous avons eu, à cette occasion, une pensée pour Nicolas Valdeyron, initiateur du Défi Clé et premier co-directeur, qui nous a quitté brutalement il y a quelques mois. Nul doute qu’il aurait énormément apprécié être là avec nous, entouré des étudiant·e·s pour lesquel·le·s il tenait tant à voir se concrétiser ce projet d’université d’automne.

Jour 2 : Tautavel, musée, laboratoire et site de la Caune de l’Arago
La deuxième journée s’est déroulée à Tautavel. Les étudiant·e·s étant réparti·e·s en trois groupes, plusieurs visites ont eu lieu sur la journée.
- La première s’est déroulée dans le musée. Une introduction a été faite par Clément Ménard (directeur de l’EPCC). Puis le responsable de l’équipe de médiation, Cyrille Calvet, a guidé chacun des groupes au travers du musée et de la muséographie ancienne. Il a mis en avant les points forts et les points faibles du musée, ainsi que les améliorations à venir, dans le cadre du réaménagement et de l’agrandissement du musée.
- La deuxième visite s’est concentrée sur les réserves et le laboratoire adossé au musée. Sophie Grégoire (maitresse de conférences HDR à l’université Via Domitia) nous a présenté l’historique de cette structure qu’Henry de Lumley a conçu dans les années 1970 comme un tout, associant un site archéologique, un laboratoire dédié à son étude et un musée. Plusieurs doctorants sont intervenus pour présenter leurs travaux (dont Clara Brochard, qui participait à la première édition de l’Université d’automne !). La visite s’est conclue par la visite de l’atelier de moulage, structure qui associe un savoir-faire très pointu en muséographie et un chantier d’insertion professionnelle.
- La troisième visite s’est déroulée sur le site de la Caune de l’Arago, une cavité à flanc de montagne, surplombant le Verdouble. Elle a livré les restes humains attribués à l’homme de Tautavel, un Homo heidelbergensis, et des vestiges lithiques du Paléolithique inférieur. La présentation du site et de son impressionnante stratigraphie de plus de dix mètres a été réalisée par le fouilleur actuel, Christian Perrenoud, qui a détaillé toute l’évolution des techniques de fouille.



Les trois groupes se sont réunis en fin de journée, pour une présentation du projet de réaménagement du musée, par Clément Ménard. S’en est suivi un temps d’échange auquel s’est joint Mme Catherine Bossis, conseillère régionale. Les étudiant·e·s ont ainsi pu réagir et échanger autour du projet de nouveau musée, mais aussi plus largement, autour des questions de politiques culturelles en lien avec le tourisme.
Pour finir, Amélie Vialet et Céline Pallier, directrices du programme de recherche Gorgyous, financé par le Défi Clé, ont réalisé, avec une partie de leur équipe, une présentation de leurs travaux. La discussion s’est prolongée autour d’un moment convivial et d’un verre offert par le musée.


La soirée a été dédiée à des travaux de groupe, dont l’objectif était double : d’une part remobiliser les connaissances acquises les deux premiers jours sur le thème de la médiation en archéologie, et, d’autre part, encourager les échanges entre les étudiant·e·s des trois pôles universitaires.
Sept groupes mixtes ont donc été constitués avec pour consigne, volontairement très générale, de réfléchir à « l’organisation d’un évènement autour de l’archéologie ». Afin de guider et stimuler les réflexions, un thème et deux contraintes étaient tirés au sort. À l’issue du travail en groupe, une restitution orale de 5 minutes a été réalisée par chaque groupe.
- Naufr’Agés : un club culturel intergénérationnel à destination des personnes âgées, sur le thème du pillage archéologique
- Archéo Nuit : événement nocturne autour des sciences participatives et du feu
- Baum’Arts : ateliers en milieu carcéral autour de l’art pariétal et du graff
- Past Fashion : événement couplé Journées Européennes de l’Archéologie et Fashion Week, autour du vêtement


Jour 3 : Peyrepertuse et Salses
La troisième journée était dédiée à l’époque médiévale. Elle a commencé par une visite (précédée d’une sérieuse grimpette !) de la forteresse de Peyrepertuse. Alexine Ibot, responsable de site pour la mairie de Duilhac-sous-Peyrepertuse, nous a accueillis et a présenté la gestion du site. David Maso, archéologue et chargé de mission pour l’Association Mission Patrimoine Mondial, a pris le relais pour la suite de la visite. Il a détaillé l’histoire du site, les travaux archéologiques qui y ont été menés, les recherches en cours et le projet de demande de classement UNESCO des forteresses de la région (les très improprement appelés « châteaux cathares »). Ce fut l’occasion de rapprochements, entre l’équipe scientifique du château, qui avait en sa possession des relevés LiDAR inexploités et plusieurs étudiant·e·s du master ATRIDA, qui vont mettre à profit leur stage de formation pour exploiter ces données !
L’après-midi a été dédiée à la visite de la forteresse de Salses. Nous avons été accueillis par Lionec Izac-Imbert, conservateur du patrimoine et administrateur de la forteresse, pour une présentation générale, avant de faire la visite détaillée des lieux.
En fin de journée, nous nous sommes retrouvés dans l’ancienne chapelle de la forteresse, mise à notre disposition, pour un debriefing des trois jours. Notre invité, Lionel Pernet, a livré la synthèse de ce qu’il a vu, ressenti, compris de ces trois jours, en encourageant les discussions et les problématisations autour du patrimoine et de sa mise en valeur (ou son absence de mise en valeur). Les réactions ont été nombreuses, les critiques justifiées, les avis confrontés. Un dernier rassemblement devant la forteresse a permis de tirer les leçons de ces trois jours : les points positifs, les choses à améliorer. Le sentiment général était celui d’une grande satisfaction, de tous cotés !





Le bilan de cette deuxième édition est très positif. Les objectifs initiaux de l’université d’automne ont été atteints. Les étudiant·e·s se sont rencontré·e·s, ont échangé, que ce soit entre eux ou avec l’équipe encadrante. Les visites ont toutes été passionnantes, et tournées de manière à prendre en compte la spécificité du public, amené à être de futurs acteurs et actrices de l’archéologie régionale. Les questions de politiques culturelles ont été au centre des échanges, et ont pu être traitées directement, jusqu’à échanger directement avec des élu·e·s. L’énergie du groupe, l’enthousiasme des particiapnt·e·s, étudiant·e·s ou encadrant·e·s, laisse une belle impression d’optimisme et de motivation.
Sans réserve, cette deuxième université d’automne en appelle d’autres !
Cette session 2024 de l’université d’automne du Défi Clé Sciences du Passé est dédiée à l’une des participantes : Lison Méral, étudiante en master d’archéologie à l’université Toulouse Jean Jaurès, tuée par son ex-compagnon. Nous ne l’oublierons pas.


